Ciment au Maroc: les prix du marché au plus bas depuis 10 ans

Les cimentiers ne sont pas au bout de leur peine. Comme nous l’avions annoncé sur nos colonnes (Cf. L’Economiste du 27 décembre 2017), le marché cimentier a clôturé l’année dernière sur une note négative. Les volumes écoulés ont régressé de 2,54% en 2016 qui était déjà une année négative par rapport à 2015.

Pis encore, c’est la première fois depuis 10 ans que la consommation est au-dessous de la barre de 14 millions de tonnes. Le secteur s’est contenté de cumuler à peine 13,8 millions de tonnes. Les deux régions qui consomment le plus de ciment ont vu la demande fléchir de 4,2% au niveau de Casablanca-Settat et de 2,6% pour Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.

En revanche, au cours de décembre dernier, les ventes ont augmenté de 1% seulement. Une petite hausse favorisée surtout par les retards cumulés de pluies qui ont permis aux chantiers d’avancer. Selon les statistiques de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), les volumes écoulés ont atteint 1,12 million de tonnes contre 1,11 million au cours de décembre 2016. Cette légère amélioration aura permis de limiter les dégâts et ne pas dépasser 3% de baisse annuelle.

Principales causes: baisse des chantiers de construction (auto-construction et logements sociaux) et des travaux publics. Malgré ce repli de la demande, l’exécutif ne s’est jamais manifesté au cours de 2017. Aucune concertation n’a été entamée avec les professionnels pour sortir le secteur des matériaux de construction de sa léthargie.

Cette tendance baissière préoccupe davantage les professionnels qui manquent encore de visibilité. A ce jour, les prévisions pour 2018 ne sont pas encore arrêtées. Certes, il y a une lueur d’espoir après l’annonce par Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement, de 42 milliards de la commande publique destinés au secteur des travaux publics en 2018, mais cela reste insuffisant.

Les professionnels ne disposent pas de visibilité sur le marché de l’auto-construction qui représente 40% de la consommation du ciment. Pareil pour les intentions des Marocains résidents à l’étranger dont l’engouement pour la construction ou la rénovation a fléchi en 2017. Le ralentissement des projets de logements sociaux y est également pour quelque chose. Un secteur en pleine crise suite à la baisse de la demande sur ce type d’habitat, pourtant très convoité il y a quelques années.

Les stocks d’invendus s’amoncèlent au fur et à mesure au grand dam des promoteurs qui n’ont pas, tous, respecté le cahier des charges et qui ont souvent lésiné sur la qualité. Ils font face à une correction du marché qui est lourde de conséquences.


Publié le : 23/05/2018 - Mis à jour le 21/12/2018 par Jean Luc Lecorney - Immohammedia